Celui que l’histoire connaîtra sous le nom de Charles- le- Chauve se heurte d’emblée, au sein de ses territoires, à deux voisins rebels : les Bretons, d’une part, conduits par leurs rois Nominoé et Erispoé, viennent livrer bataille jusque sur le sol de l’Anjou. Victorieux à Juvardeil, en 851, ils occupent pour près de trois quarts de siècle les pays d’ouest- Mayenne repris à un certain Lambert, comte d’Angers. Les Aquitains, d’autre part, à la tête desquels s’est placé Pépin II, neveu de Charles- le- Chauve, oublié du partage, tentent de faire sécession. C’est au prix de grandes difficultés et de campagnes répétées que Charles parvient à imposer à leur tête successivement ses fils, Charles l’Enfant et Louis le Bègue. En réalité l’Aquitaine s’est, à la fin du IX° siècle, affranchie de l’autorité royale.
Mais un bien plus grand péril s’est manifesté dès 843 : les Normands, du nom dont les chroniques contemporaines elles-mêmes désignent ces aventuriers venus de Scandinavie vers les terres plus riantes et riches du littoral français, font alors leur apparition à Nantes. En 853, ils pillent Saint-Florent du Montglonne et installent leurs bases dans une île de Loire voisine, d’où ils organisent le sac d’Angers et l’incendie des monastères tourangeaux de Saint- Martin et Marmoutier. Depuis leur repaire, des raids terrestres les mènent vers le sud jusqu’à Poitiers, et vers le nord, jusqu’au Mans.
Le pouvoir carolingien tente de s’interposer. Depuis 852 l’un de ses hauts dignitaires, Robert-le-Fort, est comte de Tours et d’Angers. Il ne peut éviter les premiers assauts et, devant l’absence de Charles le Chauve, alors affronté aux Normands de la Seine, choisit un temps de s’allier avec ses adversaires bretons et aquitains. Mais bientôt il se rallie. C’est en défenseur de l’autorité légitime qu’il harcèle, de 862 à 866, les Normands plus agressifs que jamais qui dévastent l’Anjou tandis que les moines des monastères ligériens, revenus après l’assaut de 853, prennent à nouveau la fuite avec les reliques de leurs saints fondateurs. C’est au cours de l’une de ces opérations contre une troupe de normands grossie de bretons, de retour d’une razzia au Mans, que l’ancêtre des capétiens périt à Brissarthe, en 866 : les adversaires pourtant, surpris par les Francs et moins nombreux, s’étaient réfugiés dans l’église. Mais une sortie en masse surprend, le soir venu, Robert et ses compagnons. La lutte est acharnée. Robert, qui s’est dépouillé de ses armes, reçoit plusieurs coups mortels. Son compagnon Ramnulf, comte de Poitiers, périt également. Plus invincibles que jamais, malgré les efforts de Charles le Chauve qui barre la Loire aux Ponts-de-Cé, les Normands occupent Angers en 872 et s’y maintiennent plus d’un an. Mais leur force décroît désormais. L’empereur lui-même les assiège et les déloge. En 875, Le Mans résiste à leur attaque. Après Hugues l’Abbé, c’est Eudes, fils de Robert- le- Fort, qui est investi du Comté d’Angers. Les raids s’espacent, même s’ils ne cèdent véritablement qu’à l’aube du siècle nouveau. Quant au fils de Robert, SA renommée, déjà établie en défendant Paris, s’est affirmée en Anjou, et lui vaut d’être en 888 le premier des Robertiens à monter sur le trône de France.
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