VIIe siècle

La vie aux temps mérovingiens : les Formules angevines (678)

Aux confins des royaumes francs, en position de frontière face à la double menace d'une Bretagne indépendante et d'une Aquitaine encore mal soumise, le pagus andegavensis subit longtemps les conséquences des luttes fratricides nées des partages successoraux mérovingiens.

Les premières années du VIIe siècle le trouve sous la domination de Thierry II, son dixième souverain depuis Clovis. Á la mort de celui-ci en 613, l'Anjou est réuni par Clotaire II à la Neustrie, le grand royaume de l'ouest qui s'étendait alors de la mer du Nord à la Meuse. Cette stabilité nouvelle n’écarte pas pour autant les aléas politiques et militaires. Les attaques des Bretons, la rivalité profonde qui oppose la Neustrie à son puissant voisin de l'est l'Austrasie maintiennent le pays dans une situation troublée, que renforce encore la faiblesse des rois, face au pouvoir grandissant de leurs maires du palais et à l'agitation de l'aristocratie. A Tertry, en Picardie, un parti de factieux neustriens favorise ainsi la victoire du maire d'Austrasie, Pépin II de Herstal, et le rétablissement de l'unité du royaume sous l'autorité nominale de Thierry II, mais en réalité au profit de la dynastie des Pippinides, dont seront issus les souverains carolingiens.

Dans ces temps difficiles d'insécurité permanente, la société angevine s'organise néanmoins autour d'éléments d'une très grande stabilité. Les vieux cadres gallo-romains subsistent. Ils structurent toute la vie religieuse, économique, administrative et juridique locale. Les antiques civitates sont devenues diocèses ecclésiastiques et comtés francs, l'évêque, à l'instar de saint Lézin, exerçant souvent l'une et l'autre fonction. Les échanges économiques demeurent vivaces et suivent les anciennes routes commerciales romaines. Ainsi, la vie de saint Maurille rapporte le passage de la Loire par des négociants transportant vers l'Espagne marchandises et esclaves. Mais, plus encore, la cité conserve ses édiles, ses fonctionnaires et ses institutions municipales comme aux temps de la domination romaine. Les Formules angevines en fournissent une vivante illustration.

Les formules sont un recueil de modèles dressé par avance pour servir à toute personne amenée à rédiger un acte juridique, un jugement, un contrat ou un acte d'aliénation. Le recueil dit angevin, car la ville d'Angers y est fréquemment citée, fut découvert par Dom Mabillon en Souabe. Il a été compilé, sans doute vers 678, à partir d'actes pouvant remonter au règne de Childebert Ier au siècle précédent, et comprend une soixantaine d'actes civils et judiciaires. Tous font état de l'existence d'une curie et de magistrats municipaux, un defensor, un curator, un maître des milices et des décurions, aux côtés de l'évêque et de ses diacres. Les actes et contrats doivent être enregistrés et déposés, après lecture publique en présence de la curie, aux archives municipales. Les références juridiques sont celles du droit romain, dans lequel transparaît toutefois l'assimilation de coutumes germaniques, telles que celle qui consiste à laisser en propriété propre à la femme le tiers des biens acquis au cours du mariage, celles qui touchent à l'organisation de la vengeance privée ou à la pratique du serment purgatoire. A travers les formules, c'est l'organisation de la vie locale à Angers qui est dépeinte : la subsistance de cadres romains et l'assimilation de pratiques franques qui structurent une administration civile et judiciaire dominée par l'évêque, véritable maître de la cité.

Repères chronologiques :

  • 608 : mort de saint Lézin
  • 610-627 : Saint-Maimbeuf, évêque d’Angers
  • v. 613 : à la mort de Thédoric II, roi de Bourgogne, Clotaire II réunit le comté d’Angers au royaume de Neustrie
  • 629-639 : mort de Clotaire II ; règne de Dagobert
  • 640 : mort de Pépin de Landen, maire du palais d’Austrasie
  • v. 650 : fondation de l’abbaye Saint-Serge d’Angers
  • 657-681 : Ebroïn, maire du palais de Neustrie
  • 660 : composition de la chronique dite de Frégédaire
  • 675 : L’Aquitaine se rend indépendante contre les grands de Neustrie
  • v. 678 : compilation des Formulae andegavenses
  • 687 : victoire de Pépin de Herstal à Tertry-en-Vermandois : la Neustrie passe sous domination austrasienne

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