VIIIe siècle

Aux portes de l’Anjou : Saint-Florent du Mont-Glonne (724)

La présence d’une communauté de moines ou d’ermites, réunie sous l’autorité d’un abbé, est attestée avec certitude au début du VIIIe siècle sur le coteau boisé qui domine la Loire en ce lieu nommé le mont Glonne et qui est aujourd’hui Saint-Florent-le-Vieil.

C’est là que d’après la tradition, un certain Florent, disciple de Saint-Martin, aurait établi dans la seconde moitié du IVe siècle un premier oratoire dédié à Saint Pierre, y menant une vie contemplative et suscitant de nombreux miracles. Si le récit légendaire de la vie du saint est fort sujet à caution, l’existence de la communauté aux derniers temps mérovingiens ne fait pas de doute : située au long de la voie romaine qui, de Nantes à Tours, longeait la rive gauche de la Loire, dans un lieu escarpé habité dès les temps préhistoriques, elle se signale déjà au VIIIe siècle par le nom d’un de ses abbés, Mauron, dont les moines vont annoncer le décès, vers 710, jusqu’au monastère d’Aindre près de Nantes. Peu après, en 717-718, un autre signe de la notoriété de l’abbaye nous est donné par le don que six frères font à l’abbaye de leurs biens situés dans le Cotentin. La renommée de la fondation, appuyée par la présence sur le lieu même du corps vénéré du saint, a dépassé de loin les frontières de l’Anjou.

Mais les temps s’annoncent très difficiles : dans le royaume mérovingien, le pouvoir est aux mains du maire du palais d’Austrasie, le puissant Pépin de Herstal, alors que l’Anjou appartient avec l’ouest de la Normandie – excepté la Bretagne – au royaume de Neustrie, sur le trône duquel se succèdent des rois fantômes. A la mort de Pépin, en 714, les grands de Neustrie se rebellent. Sous la direction de l’un des leurs, Rainfroi, rejoint par les Aquitains sous la direction de leur comte Eudes, ils tentent de reprendre à leur profit le siège du pouvoir. Mais c’était faire peu de cas de la dynastie austrasienne : l’affrontement entre Charles Martel, bâtard de Pépin, et Rainfroi, se conclut à Angers en 724, et se solde par l’échec et la mort de Rainfroi. Désormais, l’Empire carolingien s’impose  à l’Anjou, par le triple moyen de la protection militaire, de l’administration et de l’Église : plusieurs campagnes successives permettent à Charles Martel, puis à Charlemagne, d’obtenir la soumission de l’Aquitaine, désormais incorporée à l’État franc. Une vaste marche, englobant l’Anjou, confiée à l’un des proches du roi – notamment le célèbre Roland – est constituée sur ces frontières sensibles. Les émissaires du pouvoir sont les comtes, personnages issus des grandes maisons d’Austrasie, qui tirent leur fortune de l’octroi de bénéfices laïques et ecclésiastiques et imposent sans concessions le nouvel ordre germanique.

Nul doute que Saint- Florent, dont aucun texte ne nous livre malheureusement la destinée dans la seconde moitié du siècle, n’ait connu dans ce contexte de grands désordres. Peut-être même l’abbaye passa- t-elle aux mains des dignitaires carolingiens qui en devinrent abbés laïcs, entraînant de ce fait un relâchement de l’observance et un appauvrissement de ses ressources. C’est ainsi sans doute qu’il faut interpréter le don que lui fit Polerius, l’un des  optimates  de Charlemagne, de 140 mesures de terre : les libéralités compensaient les mainmises et les spoliations, contribuant à créer entre les communautés et le pouvoir des liens d’étroite dépendance. A la fin du siècle la paix semble cependant de retour : depuis 781 c’est Louis, dit le Pieux, qui comme roi d’Aquitaine, exerce l’autorité : conscient de la nécessité de rétablir dans leur ordre et leur vocation les abbayes de ses états, il fait appel pour cette tâche à Benoît d’Aniane, qui s’attelle à la réforme. Pour Saint-Florent, la tâche est ardue. Et sans doute n’est-elle pas durablement accomplie puisqu’en 824 Louis le Pieux doit à nouveau, pour son monastère angevin, faire appel à une communauté venue d’Italie. Enfin, l’action des réformateurs semble porter ses fruits : l’abbaye vit plus paisible sous Charles le Chauve, avant que n’apparaissent de nouveaux malheurs.

Repères chronologiques :

  • 715 : Rainfroi, maire du palais de Neustrie
  • 724 : Charles Martel réduit les Neustriens à l’obéissance : mort de Rainfroi à Angers
  • 732 : Défaite des Arabes à poitiers
  • 736 : Charles Martel obtient la soumission de Hunaud, successeur d’Eudes d’Aquitaine
  • 751 : Pépin le Bref élu roi à l’assemblée de Soissons
  • 754 : Sacre de Pépin : premier sacre d’un roi de France
  • 760 : Pépin à Doué-la-Fontaine ; reçoit la soumission du duc Waïfre d’Aquitaine
  • 771 : Avènement de Charlemagne
  • 772 : Roland, marquis de la Marche de l’Ouest
  • 800 : Couronnement de Charlemagne

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