Xe siècle

Foulque Nerra, comte d’Anjou (987)

En 987, Hugues Capet est élu roi de France, inaugurant, après les Mérovingiens et les Carolingiens, la troisième dynastie royale. Cette même année, Foulque III devient comte d’Anjou à la mort de son père Geoffroy Grisegonelle. Commence un règne long (987-1040) et énergique, celui d’un conquérant et d’un bâtisseur, qui assoit véritablement la première maison d’Anjou, celle des Ingelgériens.

Son ancêtre éponyme, Ingelger ou Enjeuger, dont on ne sait presque rien, se distingue contre les Normands et les Bretons, ce qui lui vaut, sur recommandation de l’évêque d’Angers, le commandement de la moitié orientale du comté vers 880. Son fils Foulque Ier le Roux reçoit le titre de vicomte d’Angers de Charles le Simple et en 929 est cité, dans le seul texte qui nous soit parvenu, comme comte d’Anjou.
Le Xe siècle voit alterner sur le trône de France les derniers Carolingiens et les Robertiens, descendants de Robert- le- Fort, marquis d’Anjou. L’affaiblissement de l’autorité royale suscite l’avènement de princes territoriaux qui s’octroient les prérogatives régaliennes et acquièrent une autonomie de fait. C’est dans ce contexte que la principauté d’Anjou, dont le contour rappelle le pagus franc (Loudun et une partie des Mauges y sont inclus mais non le Saumurois), cherche à s’affirmer face à de puissants voisins (comtes de Rennes, de Nantes, de Blois, du Maine, duc d’Aquitaine).

Les Normands sont définitivement chassés de basse-Loire en 937. Le comté connaît alors une période de paix sous Foulque II le Bon. Sous son fils Geoffroy Ier Grisegonelle, les affrontements reprennent. Il prête main forte à Guérech, le comte de Nantes, contre le comte de Rennes Conan lors de la première bataille de Conquereuil (982) puis repousse les Bretons qui tentent de surprendre Angers.

Par le jeu de la féodalité, les comtes d’Anjou sont à la fois suzerains (Geoffroy étend son réseau vassalique à Nantes et à Thouars) et vassaux (du duc d’Aquitaine et de Hugues Capet, dux francorum), tout en restant fidèles au roi : Foulque le Bon marie sa fille au dernier carolingien, Louis V, tandis que Geoffroy vient au secours de Lothaire, d’abord contre le duc de Normandie et les Danois, puis contre l’empereur Otton II lors du siège de Paris en 978. De ses faits d’armes sont nées légende et épopée magnifiant le héros angevin. Il meurt le 21 juillet 987, quelques jours après le sacre d’Hugues Capet, alors qu’il combattait à son service près de Château-du-Loir, à Marçon.

Son fils Foulque, troisième du nom, lui succède ; appelé après sa mort « l’Ancien » ou « le Jérosolimitain » en raison des deux ou trois pèlerinages à Jérusalem qu’il effectua, il ne reçoit le surnom de « Nerra », « le noir », que dans une chronique très postérieure, au XIIe siècle.

Il épouse Élisabeth de Vendôme puis Hildegarde « de haut lignage lorrain ». Il poursuit avec succès la politique de son père en luttant contre le comte Conan lors de la deuxième bataille de Conquereuil (992), et le comte Eudes de Blois (construction du donjon de Langeais en 994, prise de Tours en 996). 

Foulque est un homme de guerre. sa tactique : la rapidité. Il mène une guerre de mouvement, portant ses armées en très peu de temps en des points éloignés, opérant des replis de grande ampleur. Sa force : l’établissement de forteresses, souvent en bois, qu’il inféode ensuite à des vassaux chargés d’en parfaire les défenses. 27 lui sont attribuées : Mirebeau, Montreuil-Bellay, Passavant-sur-Layon, Maulévrier, Baugé, Durtal, Château-Gontier... Foulque est un excessif : brutal et cruel, il est capable des pires atrocités ; il brûle, il pille, les villes (Angers, Tours) comme les lieux sacrés (basilique Saint-Martin à Tours, Saint-Florent de Saumur), passant les hommes au fil de l’épée.

Mais Foulque est aussi un fin politique et un administrateur : il organise son comté, s’entoure de fidèles et sait se ménager l’appui du clergé par des fondations pieuses (Le Ronceray), par le soutien aux abbayes (Saint-Aubin, Saint-Serge), sans omettre sa bonne volonté à expier ses péchés par des pèlerinages en Terre-Sainte.

À l’aube du deuxième millénaire l’Anjou se relève et son territoire s’étend sous la férule du redoutable « faucon noir ».

Repères chronologiques :

  • vers 929 : mort d’Ingelger, ancêtre éponyme des Ingelgériens (1ère maison d’Anjou)
  • 907 : mort d’Alain Barbe-Torte, comte de Nantes, qui tenait la partie occidentale de l’Anjou. Foulque devient comte de Nantes
  • 919 : Foulque chassé de Nantes par les Normands
  • 937 : les normands sont définitivement chassés de la basse-Loire
  • vers 886-941 : Foulque Ier le Roux , vicomte d’Angers puis comte d’Anjou
  • vers 941-vers 960 : Foulque II le Bon, comte d’Anjou
  • vers 960 – 987 : Geoffroy Ier Grisegonelle, comte d’Anjou
  • 971-1040 : Foulque III Nerra, comte d’Anjou en 987
  • 982 : première bataille de Conquereuil contre les Bretons
  • 987 : avènement d’Hugues Capet
  • 992 : deuxième bataille de Conquereuil contre les Bretons. prise de Nantes
  • 994 : construction du donjon de Langeais
  • 996 : prise de Tours
  • 1002-1003 : premier pèlerinage de Foulque Nerra à Jérusalem

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