L'efficacité de telles mesures semble très relatif. Ainsi, Théodore de Bèze peut affirmer que « l'Evangile fut aussi receu avec grande avidité en la ville d'Angers » et signaler l'existence vers 1535 « d'une église secrète avec des prescheurs » 1. En Anjou comme dans le reste du royaume, la Réforme gagne les esprits. Cependant, l'affaire des Placards marque au niveau national la fin de la tolérance. Les partisans de la Réforme sont bientôt condamnés pour hérésie et pour rébellion envers le pouvoir royal. L'Anjou bénéficie d’abord de l’esprit de bienveillance de l'évêque Jean Olivier, mais aux Grands Jours d'Angers, session extraordinaire du Parlement de Paris, à l'automne 1539, les premières condamnations sont prises à l'encontre des protestants angevins. La répression se durcit et les bûchers ne tardent pas à suivre, en 1552 à Saumur, en 1556 à Angers. Parallèlement, les réformés, de plus en plus nombreux, s'organisent : en 1555, l'église calviniste d'Angers est dressée. Encore minoritaire, la jeune Eglise réformée n'en possède pas moins un poids réel par la présence dans ses rangs d'un nombre croissant de nobles et de notables de la ville.
L'échec de la conjuration d'Amboise, qui visait à enlever le jeune roi François II pour le soustraire à l'influence des Guise, provoque un regain de tension entre les deux communautés religieuses à Angers. Provocations et répressions se multiplient tout au long de l'année 1560. C'est dans cette atmosphère tendue que les trois ordres sont invités à choisir leurs délégués aux États généraux convoqués pour décembre à Orléans. La réunion se tient au Palais royal, place des Halles, le 14 octobre. Elle est ouverte par François Grimaudet, éminent jurisconsulte, qui dans son discours introductif dénonce particulièrement les égarements de l'Église. Si les élections des représentants du Tiers se déroulent dans le calme, les protestants l'emportant, il n'en est rien en revanche de ceux de la noblesse. Deux députés élus sur trois sont des réformés notoires. Les catholiques s'en émeuvent et demandent l'annulation de l'élection, prétextant que les protestants, il est vrai venus tous en armes, l'avaient emportée par intimidation. Le tumulte devient général et dégénère en émeute. Pour se reconnaître dans la foule, les huguenots de la noblesse nouent à leur chapeau leur mouchoir. CE geste laissera son nom à la « journée des mouchoirs ».
Le calme revient rapidement, mais le duc de Montpensier, gouverneur du Maine, de la Touraine et de l'Anjou, mis au courant, arrive bientôt à Angers, accompagné de trois compagnies de soldats. Le 24 octobre il ordonne à tous les habitants de déposer les armes. L'évêque publie dans le même temps un monitoire contre les iconoclastes et les blasphémateurs hérétiques et demande de dénoncer les réformés de la ville et ceux qui avaient pris part à la journée des mouchoirs. Plusieurs sont arrêtés, les élections sont cassées et des députés catholiques élus.
Cet épisode a mis en lumière la puissance politique nouvelle des protestants en Anjou et provoqué la vive réaction des catholiques. Les fidèles des deux religions désormais se préparent à l'affrontement.
1 Théodore DE BÈZE, Histoire ecclésiastique des églises réformées au royaume de France, éd. par P. VESSON, Toulouse, 1882, vol. 1.
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