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Les Angevins et le Nouveau Monde

Il n'est que justice de rendre hommage aux Angevins qui, délaissant la douceur de leur pays, furent les pionniers des terres du Nouveau Monde. Même si ce mouvement ne concerne qu’un nombre limité de personnes (au plus quelques centaines), deux d’entre eux auront marqué l’histoire par leur action : le Royer de La Dauversière qui fonda Montréal et Gaultier de la Verendrye, considéré comme l'un des trois grands découvreurs de l'Ouest Américain.

En abordant le rivage des Bermudes en 1492, Christophe Colomb est loin de se douter qu'il vient de découvrir un nouveau continent et que cette «quatrième partie du monde» va devenir un nouvel enjeu de puissance entre les nations. Si les Espagnols et les Portugais se disputent l'Amérique du Sud, Anglais, Français et Hollandais s'affrontent très tôt en Amérique du Nord et spécialement au Canada. Dès 1534, Français 1er y envoie Jacques Cartier avec pour mission de découvrir « grant quantité d'or et autres riches choses » ainsi qu'un passage maritime vers la Chine. Mais ce n'est qu'au début du XVIIème siècle que les Français s'installent de façon permanente le long du Saint-Laurent, dans ce territoire que le roi Henri IV baptise « Nouvelle France ».

Le Royer de La Dauversière, un angevin qui fonde Montréal

Jusqu'en 1763, date de l'abandon du Canada au profit de l'Angleterre, 8527 immigrants venus de toutes les provinces françaises s'installent outre-Atlantique pour y faire souche, dont 222 Angevins. Apport dérisoire semble-t-il. Et pourtant… Montréal, aujourd'hui deuxième ville de langue française après Paris, deuxième métropole canadienne après Toronto, est née en Anjou sur les bords du Loir, dans les circonstances les plus extraordinaires qui se puissent imaginer par la volonté d'un seul homme : Jérôme Le Royer de la Dauversière (1597-1659). Modeste receveur des tailles, ce père de famille de cinq enfants, échevin de La Flèche, reçoit le 2 février 1630 l'inspiration de fonder une ville dans l'île de Montréal et une congrégation de filles hospitalières pour desservir un hôpital en ce lieu. Folle entreprise : l'île est inexplorée et les Indiens des plus menaçants. Qu'importe ! Il est trop vieux (45 ans…) ? Il se fera remplacer. Il est sans argent, sans appuis ? Il trouvera de généreux protecteurs. Et le 17 mai 1642, la vision de La Dauversière devient réalité : mandaté par lui, Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, débarque à Montréal à la tête de 37 colons et pose la première pierre de Ville-Marie.

Les difficultés commencent. Les Iroquois, alliés des Anglais, multiplient leurs incursions contre l'établissement qui, exténué, exangue, est sur le point de rendre les armes lorsqu'arrive « la grande recrue de 1653 ». 100 hommes levés par La Dauversière dans les campagnes de l'Anjou et des provinces avoisinantes, qui, armes à la main, sauvent Montréal et le Canada tout entier.

Six ans plus tard, en 1659, le « fondateur à distance de Ville-Marie » s'éteint, sans avoir vu l'œuvre à laquelle il avait consacré tous ses biens et ses dernières énergies.

Pierre Gaultier de la Verendrye, le découvreur de l’Ouest américain

C'est de Ville-Marie désormais que sont lancées les expéditions vers l'Ouest pour étendre l'influence française et développer le commerce des fourrures avec les Indiens. Un nom domine : Pierre Gaultier de la Vérendrye (1685-1749), surnommé « le découvreur » qui, aux côtés de Champlain et de Cavelier de la Salle, fait partie de la « trinité » des grands explorateurs de l'Amérique. Sa fière stature orne la façade du Parlement du Québec.

Cet Angevin de souche (la Vérendrye est une terre sise à Trélazé), tout en s'adonnant à la traite des pelleteries, poursuit une idée fixe : trouver le «passage vers la Chine» et atteindre l'océan Pacifique. De 1731 à 1743, il explore les territoires situés à l'ouest des grands lacs et deux de ses fils atteignent les montagnes Rocheuses. En dépit de sa ruine personnelle et du peu d'intérêt de Versailles pour ses découvertes, il a fait reculer les terres inconnues de la moitié ouest du continent américain.

Le Canada, terre de mission

Colonisation et évangélisation sont étroitement liées sur le nouveau continent. Œuvre de pacification, la conversion au catholicisme doit aussi garantir une meilleure acceptation de la souveraineté française et une coopération plus étroite des Indiens sur le plan économique et militaire.

Les Jésuites déploient un zèle infatigable. « Robes noires » contre chamans : le conflit est ouvert. René Goupil, natif de Saint-Martin-du-Bois (près du Lion-d'Angers) est le premier à en faire les frais. Tombé aux mains des Iroquois, il est surpris à tracer le signe de croix sur le front d'un enfant et se fait décapiter d'un coup de hache le 29 septembre 1642, devenant le premier martyr d'Amérique. Six paroisses au Canada, dont une à Montréal, sont placées sous son patronage. Issus du collège de La Flèche, les Pères Jean de Brébœuf, Gabriel Lalemant et Isaac Jogues subissent un sort bien plus terrible : soumis à diverses tortures (charbons ardents, coups de couteaux, mutilations…), leurs cadavres sont dépecés avant d'être mangés.

Le dévouement des religieuses dans les villes n’est pas moins remarquable et risqué. Les pionnières restent les Ursulines, débarquées à Québec en 1639 : Madame de la Peltrie, Marie de l'Incarnation et Marie-Joseph de la Troche de Savonnières, née au château de Saint-Germain en Anjou. En moins de deux mois, celle-ci apprend le huron et l'algonquin, avant d'enseigner aux petites sauvages fascinées l'écriture (le « papier qui parle ») et… la viole de gambe.

À Montréal, les Hospitalières de Saint-Joseph s'emploient à développer l'Hôtel-Dieu voulu par La Dauversière ; de La Flèche, contacts et soutien sont incessants. Un second hôpital prend essor au siècle suivant sous l'impulsion de sainte Marguerite d'Youville, nièce de Pierre Gaultier de la Vérendrye ; en 1738, elle fonde pour le desservir la congrégation des Sœurs grises, aujourd'hui répandue dans les cinq parties du monde.

En flânant aujourd'hui dans les rues de Montréal ou de Québec, les traces de ces valeureux pionniers sont visibles à différents endroits. Si « le temps des colonies » est à présent révolu, il reste peut-être à l'Anjou la conscience de savoir que, quelque part au-delà des mers vivent des cousins qui ont un lien privilégié avec nous… « Loin des yeux, loin du cœur » cela n'est jamais totalement vrai, ni éternellement définitif.

Saint-Domingue, île angevine

Si l'île d'Hispaniola, plus tard appelée Saint-Domingue, est découverte dès le premier voyage de Christophe Colomb, il faut attendre Bertrand Ogeron de la Boire, originaire de Rochefort-sur-Loire, pour que la colonie prenne véritablement naissance.

Premier gouverneur de « l'isle de la Tortue et coste Saint-Domingue » (1664-1676), il s'efforce de sédentariser flibustiers et boucaniers et d'attirer des engagés recrutés dans SA province natale. Ses deux successeurs angevins continuent sa politique : son propre neveu, Jacques Neveu de Pouancey de 1676 à 1682 et Pierre-Paul Tarin, sieur de Cussy, de 1684 à 1691. D'Anjou, les capitaux affluent : on investit volontiers dans de grandes plantations ou « habitations » qui procurent de substantiels revenus. Le sucre, « or blanc » des Antilles, est raffiné sur place ou exporté vers la métropole ; dans la ville même d'Angers, trois raffineries se partagent au XVIIIème siècle un marché en pleine expansion.

Paul de Maisonneuve, mandaté par La Dauversière pour fonder « Ville-Marie » qui deviendra Montréal. Ci-dessous, bas-relief commémorant cet acte de fondation en 1642.

Mots amérindiens à la mode française

Les Français ont adopté, souvent en les déformant, nombre de termes amérindiens. En voici quelques exemples :

  • Canada : « grand village ».
  • Toronto : « billot sortant de l'eau ».
  • Québec : probablement dérivé du mot micmac « gepèg » signifiant passage rétréci, escarpement. D'aucuns disent que le mot viendrait de l'exclamation « Quel bec ! » poussée par les marins normands de Jacques Cartier en apercevant ce lieu.
  • Caribou : ce nom donné au renne du Canada vient sans doute du mot micmac « kalibou ».
  • Mocassin : dérivé du mot algonquin « maksin », il désigne la chaussure souple sans semelle des Amérindiens.
  • Toboggan : vient du micmac « tabagun » qui signifie «traîne».

Sans compter les expressions telles que « déterrer la hache de guerre », « fumer le calumet de la paix » ou « marcher en file indienne »…

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